Abrahame Lelano : « La photographie ne consiste pas seulement à prendre une belle image »
À l’occasion de la Journée mondiale de la photographie, nous sommes allés à la rencontre d’Abrahame Lelano, photographe, pour échanger avec lui sur son parcours, son univers visuel, les réalités de son métier ainsi que les conseils qu’il adresse aux jeunes photographes.
De la passion au métier
Pour Abrahame Lelano, son rapprochement avec la photographie s’est fait progressivement, au fil de plusieurs expériences.
« C’est une succession d’expériences qui m’a progressivement rapproché de la photographie. Au départ, j’étais surtout attiré par l’image et par cette capacité qu’a une photographie à raconter une histoire sans avoir besoin de réunir beaucoup de monde.
Avec le temps, j’ai compris que la photographie n’était pas simplement le fait de prendre une belle image, mais une manière de transmettre une émotion, de documenter une époque et parfois même de donner une nouvelle valeur à un instant ordinaire. C’est cette prise de conscience qui m’a progressivement poussé à passer de la passion au métier », explique-t-il.
Un univers entre émotion, narration et esthétique
Évoquant son identité artistique, le photographe décrit son univers comme une combinaison de plusieurs éléments essentiels.
« Je décrirais mon univers visuel comme un mélange entre émotion, narration et exigence esthétique. Je ne trouve pas suffisant de produire une image simplement parce qu’elle est belle ou qu’elle transmet quelque chose.
Ce qui caractérise mon travail, c’est l’importance que j’accorde à la lumière, aux couleurs, au cadrage et surtout à l’histoire de chaque image », souligne Abrahame Lelano.
Pour lui, la singularité d’un photographe ne repose pas uniquement sur son équipement ou sa maîtrise technique. Elle réside surtout dans sa capacité à développer un regard personnel.
« Je pense que ce qui rend un photographe unique, ce n’est pas son matériel ou sa technique, mais son regard. Prenons deux photographes qui disposent du même appareil et se retrouvent devant le même sujet : ils produiront deux images complètement différentes.
Mon objectif est donc de développer un regard reconnaissable, qui porte ma signature », affirme-t-il.
Entre passion artistique et réalités financières
Comme dans de nombreux métiers créatifs, la question financière demeure, selon lui, l’un des principaux défis auxquels les photographes sont confrontés.
« La question financière est certainement l’un des plus grands défis lorsqu’on évolue dans ce métier. Il faut réussir à protéger sa vision esthétique tout en comprenant que la photographie et l’audiovisuel sont également des activités économiques », explique le photographe.
Pour Abrahame Lelano, trouver cet équilibre passe notamment par la capacité à s’adapter sans perdre son identité artistique.
« Pour moi, l’équilibre passe par la capacité à s’adapter sans se dénaturer. Il y a des projets qui permettent d’exprimer directement sa créativité et d’autres qui répondent davantage à une demande commerciale. Les deux sont importants », précise-t-il.
Il considère également les périodes où les moyens financiers sont limités comme des occasions d’apprentissage et de construction professionnelle.
« Je considère chaque période où les moyens financiers sont limités comme une période de construction, parce qu’elle oblige à être créatif, à améliorer sa technique, à apprendre à travailler avec les ressources disponibles et surtout à développer son expérience.
Aujourd’hui, je préfère voir le manque de moyens non pas comme une excuse, mais comme une étape permettant de tester ses compétences et de construire progressivement une véritable identité professionnelle », ajoute-t-il.
Un message aux jeunes photographes
À l’endroit des jeunes qui souhaitent faire carrière dans la photographie, Abrahame Lelano insiste particulièrement sur la nécessité de valoriser leur travail et leur talent.
« Surtout aux jeunes photographes, je dirai ceci : ne bradez pas votre talent pour obtenir du travail. Construisez votre valeur pour attirer de bonnes opportunités.
La photographie ne se résume pas au prix d’un déclenchement. Derrière une image, il y a un regard, des années d’apprentissage, du matériel que vous avez cherché longtemps, du temps et une véritable vision », conclut-il.
À travers son parcours et sa vision, Abrahame Lelano rappelle ainsi que la photographie dépasse largement le simple fait de capturer une image. Elle est un moyen de raconter, de transmettre une émotion, de documenter une époque et surtout de laisser une empreinte à travers un regard singulier.
Saoudatou BARRY pour vericomguinee.com




